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Embarquement pour l’Enfer - d’Hervé Baudouy

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samedi 14 février 2004, par Mireille-Caroline

"Ce toit tranquille où marchent des colombes..."

Le troupeau de barques clapotait innocemment sur les eaux hypocrites du lac ; lequel était fort vieux et tout ridé. Louis Fynn et Charles Hésienne regardaient les barques. Et les barques les regardaient en retour. Elles voyaient Louis, un cadre de ventes bien nourri, dans un costume de ramage dispendieux, et Charles, un comptable maigre et nerveux qui portait déjà un gilet de sauvetage, au cas où il tomberait du quai.

Les barques sont des choses vicieuses, remarqua Louis. Il faut leur montrer qui est le patron.
- Je connais les barques, répondit Charles. Elles n’aiment pas les humains. Leur état naturel, c’est "renversées".
- Vous cherchez quelque chose, les gars ? lança une voix rugueuse derrière eux.
Louis et Charles se retournèrent pour saluer Pierre Kiroulle, le proprié-taire de la marina. Puis ils le suivirent sur le quai qui ondulait. Au-delà de celui-ci, un étroit goulet s’ouvrait sur le lac Mouchosaure. Kiroulle lâcha un jet de tabac dans le lac et attendit que les touristes parlent.
- Les barques rendent mon ami un peu nerveux, commença Louis.
- Et pas toi, peut-être ?! Tu n’as jamais ramé dans quelque chose de plus grand qu’une baignoire.
- Toujours aussi drôle. Bien, on voudrait quelque chose qui ne nous causera pas de problèmes.
Kiroulle jeta un nouveau jet de tabac dans l’eau, pendant que Charles continuait :
- En fait, nous voulons quelque chose qui soit quasiment mort. Donnez-nous la plus vieille, la plus usée, délabrée, calme et bien élevée de vos embarcations.
Charles ne supportait l’eau qu’en très petite quantité. Dans son scotch.

Une grimace déguisée en sourire fit onduler les rides de Pierre Kiroulle.
- J’ai ce que vous cherchez.
L’air absorbé, il arpenta le quai de long en large, et vice-versa. Les deux gogos le suivaient en silence. Ils arrivèrent dans un coin isolé, où une barque était attachée, solitaire, comme en quarantaine. Un panneau indi-quait : "Danger". Charles nota la grosseur inhabituelle de la chaîne rete-nant la barque. Un pressentiment le fit frissonner.
- Je garde celle-ci pour les jeunes enfants, dit Pierre. Elle est vieille et inoffensive. Elle est bonne pour une ballade autour du goulet, mais elle se fatigue assez vite.
Charles jeta un œil suspicieux sur la bête : ça vivait sur l’eau, ça dépla-çait des gens, donc ce n’était PAS inoffensif. D’un autre côté, elle n’avait pas l’air dangereuse. D’abord, elle était marron.
"C’est une bonne couleur", pensa-t-il. Tous ses costumes, vestons, chaussu-res, chaussettes et la plupart de ses chemises étaient marron. Une couleur rassurante. Rien d’extrémiste dansle marron. Quoique...
La barque se dandinait dans sa solitude. Et elle rendait Charles inexplica-blement anxieux.

Louis, de son côté, n’était pas inquiet pour deux sous. Il ne regardait ja-mais les choses trop violemment, au cas où elles ne seraient pas ce qu’elles semblent être.
- On devrait retourner au bungalow et regarder la télé, proposa Charles.
- Du calme, du calme ! No problemos, mec ! Elle ne nous causera aucun pro-blème : elle a un pied dans la tombe.
- Vingt dollars l’heure, dit Pierre. Et cinq dollars de caution pour les rames.
Louis lui donna l’argent. Pierre griffonna quelques mots sur un papier froissé qu’il tendit :
- Le contrat pour la location. Pas de remboursement si vous disparaissez.
Louis éclata de rire et signa le bout de papier graisseux. Puis il mit un pied dans la barque et manqua tomber à l’eau. Charles pensa qu’il venait de voir une onde d’anticipation joyeuse parcourir l’embarcation. Mais, étant optimiste, il se dit que la barque n’était pas vraiment carnivore...
D’accord, elle tanguait salement dans tous les sens, mais qu’espérer d’au-tre quand un cadre des ventes exubérant y entre comme une gazelle aux pieds plats ?
Louis reprit son équilibre et ricana.
- Pas de problème ! Le plus dur, c’est d’y monter. Le reste ,c’est du
gâteau.

Charles posa à son tour un pied hésitant dans l’embarcation. Il perçut un nouveau frémissement.
"Cool, cool ! Ce n’est rien", se dit-il, en adepte convaincu de la méthode Coué. Pierre le regardait en souriant. Charles s’assit péniblement et prit une rame ; laquelle lui sembla extraterrestre, un peu comme une clé à mo-lette pour un chimpanzé.
- Du gâteau ! lança Louis.
- Ne parle pas si fort. Tu fais danser la barque.
Charles était très réceptif à l’hostilité. Les gens minces le sont généra-lement : c’est dû au manque d’ensoleillement.
- Relaxe ! dit Louis. Nous sommes sur un LAC, pas dans l’Océan Pacifique. Un lac très sympa, d’ailleurs.
Le lac Mouchosaure EST très beau. Il y a beaucoup d’eau, bien sûr, des pla-ges, des rochers, des joncs et des abords forestiers peuplés d’arbres, de ratons-laveurs, de chimpanzés et de corbeaux. Ceux-ci gardent les plages propres en mangeant tous les corps qui traînent sur le sable. Il y a aussi quelques fous errants et quantités de chalets avec des quais ; des quais où les barques veillent, patientes comme des araignées.

Charles considéra sa rame, et découvrit immédiatement un fait essentiel quant à celles-ci : elles n’aiment pas être tenues. Dès que vous en touchez une, elle essaie de filer dans l’eau. Puis elle tente de heurter d’autres barquistes. Louis l’agrippa fermement, la souleva et la plongea dans l’eau froide et glauque. Si votre connaissance de l’eau se limite à ce que vous mettez dans votre scotch ou à ce qui coule de la douche, vous ne savez rien de l’eau des lacs ! Celle des robinets a été soigneusement domptée par les autorités et n’attaque que lorsqu’une conduite se brise. Celle des lacs est bien différente : elle attend que sa proie soit au large, puis elle frappe.

Louis ne pensait pas au danger ; il était trop occupé à se battre avec ce maudit bout de bois ; logée sous un siège, la rame s’envola soudain, manquant de peu d’éborgner Charles. Louis parvint à la contrôler et la poussa dans l’eau.
- On y va ! cria-t-il en repoussant le quai de la main.
Les deux hommes ramèrent furieusement. Très furieusement. Après un sursaut initial, la barque sembla heurter un banc de sable ... Puis Pierre détacha la chaîne...

Alors, les deux sportifs purent s’élancer vers les Eaux Inconnues, tels Colomb à la découverte de la pizza et du pemmican. Louis essayait de diri-ger l’embarcation, mais celle-ci résistait car elle voulait rentrer à l’étable. D’où un curieux zigzag le long du goulet. Pierre observait la scène du quai : c’était encore meilleur que les sacrifices rituels dans les cuisines du MacDo local.
- Ca c’est la vraie vie ! lança Louis.
- Non ! hurla Charles qui aurait bien aimé être chez lui, au chaud.

Les deux guerriers ramaient de plus en plus vite ; ils parcoururent trente mètres, dépassèrent un rideau de joncs et plongèrent droit dans un élevage de nénuphars. Certains aiment ces sortes de choses ; ça leur fait penser à l’écologie, aux brumes celtiques et à de la nourriture organique. Mais les moustiques aiment aussi les nénuphars. Ils les occupent, comme des hordes germaniques attendant les légions romaines. Lorsque les deux sacs de sang et de chair pénétrèrent dans la zone mortelle, un énorme nuage de mousti-ques prit son envol, cachant le soleil. Puis l’escadrille vira et piqua sur la barque comme une avalanche. Charles avait prévu cela. Il s’était enduit si généreusement d’insecticide qu’il semblait glacé, comme la sculpture la-quée d’une cigogne. Les moustiques adoraient cet insecticide : la crème Chantilly sur le gâteau.
Charles hurla...

En bon macho, Louis avait dédaigné l’insecticide : les moustiques l’igno-rèrent. Un escadron de mouches noires, par contre, confondit son odeur cor-porelle avec celle d’un hippopotame mort, et fondit sur lui, seringues bien tendues et scintillantes au soleil.
Luis hurla...
Morale de cet épisode : quoique vous fassiez , ça finit *toujours* mal !

Après dix minutes, les armées d’invasion se retirèrent, gorgées, repues, pour une sieste digestive bien méritée. Louis et Charles, ballonnés et purulents, se dépêtrèrent des nénuphars et glissèrent vers le milieu du gou-let.
A propos, les goulets sont des choses vicieuses ! Il y a des règles pour les rameurs de goulets : toujours s’excuser après avoir heurté ou démembré un autre rameur. Ne jamais attaquer un ferry-boat : ils sont plus forts que vous. Mais si vous coulez un canoë, vous allez au Walhalla. C’est pourquoi le milieu des goulets est généralement déconseillé. Mais lorsqu’il y a des bunkers de moustiques de chaque côté, vous n’avez guère le choix, bien sûr...

Louis et CHarles, prévoyant une nouvelle attaque, ne remarquèrent pas un yacht de la taille d’un porte-avions se diriger vers eux. Quand ils enten-dirent le moteur, il était presque trop tard. Les barquistes expérimentés savent que lorsque quelque chose de lourd et d’énorme se déplace sur l’eau, un raz de marée va se produire.
Règle No 1. Ne jamais se trouver sur le chemin de ce genre d’engins.
Règle No 2. Placer l’étrave face à la vague, pour ne pas être submergé.
Constatation désabusée : Il est difficile de tourner l’étrave alors que vous essayez désespérément de fuir, et que la barque se bat * contre* vous parce qu’elle veut rentrer à l’étable. Louis et Charles évitèrent l’écrase-ment par collision, mais se retrouvèrent côte à côte avec le monstre. L’om-bre gigantesque du yacht les recouvrit. Charles fut certain d’avoir entendu le bateau rire : un bruit ignoble, écœurant. Entre deux ricanements liqui-des, il crut deviner les mots : "A table !"

Les remous envoyèrent le chapeau de Charles dans le lac. Et le raz-de-marée frappa !
Les barques aiment un bon raz-de-marée, qui les fait se balancer bord sur bord, comme une balançoire de foire. Le but est de terrifier leurs humains avant de les expédier à la baille. Les barques expérimentées font de peti-tes encoches sur leurs plats-bords, pour indiquer combien de barquistes el-les ont noyés ou basculés dans l’eau.

Cette barque-là, nommée Lisette à propos, était vieille, pleine d’expé-rience et psychopathe. Elle roulait autant qu’elle le pouvait, comme une navette prise dans les vents de l’espace et dont le pilote est shooté jus-qu’au trognon. Puis elle cessa : elle n’était pas encore prête à éjecter ses locataires. Elle avait un autre plan.
Il y eut un long silence. Louis émit un rire croassant.
- Tu devrais te voir, cria-t-il à Charles. Tu ressembles à ce qui pousse
sur un vieux fromage au fond du frigo.
Charles, en pleine expérience de mort annoncée, répondit, d’une voix dé-chirée :
- Je pense que nous devrions retourner...
Louis montra les moustiques massés de chaque côté du goulet. Ils ramèrent à nouveau, et atteignirent le bord du lac lui-même. Mais un courant le empoi-gna pour les mener au large. Les lacs sont d’étranges choses. De la rive, vous croyez voir une étendue parfaitement calme et docile. Ha ! Ha !

Une petite brise se mit de la partie, ridant la surface de ses griffes ami-cales. Quelques nuages joyeux défilèrent dans le ciel. La barque oscilla gentiment, et Charles hurla.
- Du calme ! lança Louis. Ce n’est qu’une brise. Il ne peut rien arriver.
- Ne dis jamais ça ! C’est une antique malédiction babylonienne qui invoque l’Apocalypse.
Louis, sans répondre, profitait de la douce brise. Il n’y a rien comme un petit bol d’air pour vous instiller un faux sentiment de sécurité… Charles commençait à peine à desserrer ses poings quand un mur de briques venant du Nord transforma le lac en bête furieuse. La barque escalada une vague pour retomber à plat dans le creux. Quand Charles put à nouveau respirer, il vit des nuages maléfiques se masser en une armée compacte, irrésistible, mortelle. Des éclairs se répondaient de partout, cherchant quelque chose à cuire. Puis le soleil disparut. Noir total.
Autant pour le courage macho de Louis !
Autant pour la santé mentale de CHarles !
Les deux héros en ruines ramèrent vers la rive avec la férocité du désespoir.
Mais y avait-il encore une rive ? Et où était le reste de l’univers ? C’était un autre monde ? Ou un autre néant ?

Dans une explosion hallucinante d’éclairs frénétiques, Charles vit une trombe d’eau galopant vers eux. En hurlant , il se retourna : une vague haute comme le Mont-Blanc les surplombait sauvagement. Pendant ce temps, Louis avait complètement perdu la tête :
- Sauve qui peut ! Les femmes et les enfants d’abord. Tous à vos pièces ! Les torpilles, les torpilles !
Un rire sépulcral se fit entendre, couvrant le bruit du vent.
- C’était toi, Louis ?
- C’était pas toi ?!

Charles tenta de se réconforter en se récitant des passages de Taylor sur la définition des intérêts sur-compensés dans l’économie souterraine, mais il déclama, en fait :"O combien de marins, combien de capitaines...". Des fleurs de terreur monstrueuses se développaient dans sa tête…
Louis plongea sa rame dans une vague, laquelle engloutit le bout de bois
voracement…
Au tour de Charles... Il se battait courageusement, comme la chèvre de M. Seguin. Mais il ne parvenait pas à prendre le vent. Alors, la barque se retourna comme une assiette à soupe, larguant les deux héros dans l’eau comme des vermicelles.

Charles remonta à la surface, tiré par son gilet de sauvetage miteux ; il s’accrocha frénétiquement à la barque infernale. Heureusement, celle-ci était épuisée, et ne pouvait faire plus que quelques coups ou morsures pa-resseuses. Louis, qui dédaignait les gilets de sauvetage, était soutenu par son compte de dépenses gonflable, dans son portefeuille. Les deux guer-riers, accrochés comme des sangsues à l’embarcation, bramaient dans la nuit, comme de jeunes vierges découvrant les appétits de Dracula.
Puis Charles eut une idée. Peut-être cette barque n’était-elle pas psychopathe. Peut-être était-elle seulement démoniaque et ne demandait qu’à être vénérée et servie.
- O ! Grande Barque ! cria-t-il. Suprême Horreur, Maîtresse de la Mort et de la Destruction ! Épargne-nous et nous t’honorerons par des cadeaux et un sacrifice annuel à la Déesse des Barques, la grande Bi-Rème !
Il y eut un silence, La barque réfléchissait...
Puis, miraculeusement, alors que les deux serpillières vivantes étaient sur le point d’être aspirées par le néant liquide ou pulvérisées par la vague géante (ou les deux successivement), l’embarcation se remit d’aplomb. Péniblement, les deux quasi-noyés se hissèrent à bord. Les rames réapparurent, venant de nulle part. La trombe d’eau se replia sur elle-même, vira et alla fracasser une marina un peu plus loin. La Vague Maléfique passa son tour et se transforma en vaguelettes inoffensives. Les nuages se défilèrent vers l’ouest, leurs éclairs sous le bras...

Un courant mystérieux entraîna la ruine flottante jusqu’au goulet, où les hordes de moustiques guettaient.
- On n’en a pas fini, gémit Louis. On est vraiment maudits.
Charles essaya sa nouvelle tactique de sauvetage.
- O Moustiques ! Épargnez-nous et nous sacrifierons un touriste chaque an-née au dieu des Moustiques Ch’te Pik Tumeur.
Mais l’incantation ne réussit pas...

... Une heure plus tard, nos deux héros, gonflés, boursouflés, boutonneux jusqu’au tréfonds des orteils, débarquèrent devant Pierre. Lequel les apostropha :
- Elle est complètement démantibulée . Ca va vous coûter un bras : c’était une antiquité.
Louis, sans discuter , lui tendit sa carte de crédit.

*****

Plusieurs semaines plus tard, après la convalescence et deux caisses de whisky, nos valeureux guerriers montèrent une société de Voyages Aventu-reux. Ils embauchèrent Pierre Kiroulle pour gérer la partie "Aventures"...
Pendant plusieurs années, ils tinrent parole et sacrifièrent un touriste annuel à la déesse des Barques. Puis louis commença à se plaindre.
- Les touristes coûtent cher. Ils sont difficiles à attraper.
Puis il ajouta :
- Peut-être cette tornade n’était-elle qu’un cauchemar. On délirait, après l’attaque des moustiques.
Enfin, il conclut :
- Les barques sont sur l’eau, et nous sur la terre ferme. Pourquoi ne pas cesser ces sacrifices. Que peut-il bien nous arriver ?
- Qu’une horde de barques sauvages, avec des torches, vienne nous transformer en Jeanne d’Arc, répondit Charles.
Louis se mit à rire...

... Cette nuit-là, Louis retira le touriste de l’autel sacrificiel, et le vendit à une secte de savants fous qui cherchaient des cobayes pour des expériences de mutations diverses... Il empocha le bénéfice.
- Ce que Charles ne sait pas ne peut lui faire de mal.
Et il rentra chez lui, dans le quartier réservé aux gens capables de payer cash une Rolls-Royce neuve.

Parvenu non loin de sa maison, il entendit un son étrange, se retourna : le brouillard était dense, il ne vit rien dans la faible lumière des réverbères.
"Sans doute une femme qui traîne son mari jusqu’à la benne de recyclage", pensa-t-il. Mais il marcha plus vite. Alors qu’il atteignait sa porte d’en-trée, un autre bruit retentit, dur, grinçant. Sur le seuil, il se retourna à nouveau, en vain, le brouillard se densifiait de plus en plus.
Il tendit la main vers la porte et se figea : la poignée avait maintenant la forme d’une petite barque malicieuse.
- Ah ! Ah ! dit-il en tremblant. Je n’ai pas peur !
Il verrouilla la porte derrière lui, monta les escaliers en chantant. Faux.
Sa femme avait laissé une lettre sur le lit :
"Mon cher Louis,
Je suis tombé amoureuse du ramoneur. Je suis partie avec lui. N’essaye pas de nous retrouver. Il y a du haggis et une bouteille de Cola dans le fri-go. Bonne journée.
Anne."

Effondré sur le lit, Louis ne comprenait pas : ils avaient été si heureux ensemble. En plus, il n’aimait pas le haggis ! Il prit rendez-vous chez son Conseiller en Chagrin, puis se coucha. Il tomba dans un sommeil agité, rê-vant d’une chaudière psychopathe rampant à travers la cave et montant l’es-calier...
Puis un bruit terrifiant le réveilla : une lumière liquide, verdâtre em-plissait sa chambre. Au centre de la pièce, sur une sorte de piédestal, une barque brune le regardait. Il y eut un long hurlement, à vous glacer le sang jusqu’au fond des pupilles, suivi d’un "bang", puis d’un "splash"...

Personne ne revit Louis après cette nuit-là. Mais des riverains du lac Mou-chosaure prétendent qu’on le voit, de temps en temps, certaines nuits d’orage, ligoté sur une barque fantôme, figure de proue hallucinante...

***

Charles dirige seul la compagnie, à présent. Il est devenu très riche et vit dans une maison luxueuse, au sommet du Mont Ararat, entouré d’un désert absolu. Il sacrifie *deux* touristes annuels - car il suspecte Charles d’avoir voulu tricher.
Les barques sont très satisfaites de leur acolyte. Peu à peu, leur tribu s’étend. Elles ne sont plus confinées aux docks et aux marinas. Elles ont ramé, et atteint les salles de billard, les studios de télé et le Parle-ment. Le temps travaille pour elles...

Hervé Baudouy

AUTEUR : herweb DATE : 11 février 2004

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