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Sophie Rostopchine

vendredi 15 août 2003, par Mireille-Caroline

Romancière de grand talent, elle nous dresse les portraits de petites filles. Certaines s’ont de vrais modèles de sagesse et d’humilité, d’autres plus espiègles se rapprochent davantage des gamines d’aujourd’hui.

Commençons par les petits signes savants.

Camille, l’aînée des deux fillettes exemplaires, a 8 ans. Il paraît qu’elle aime les jeux bruyants, courir et chasser les papillons. Elle aime aussi faire la charité "aux pauvres" Cœur noble et généreux, elle se laisse accuser d’avoir volé des poires. Du haut de ses huit ans la gamine a un raisonnement de prêcheuse. Voici un extrait du discours qu’elle tient à la coupable du vol : « Sophie, tu as commis une faute, une très grande faute : mais tu l’as déjà réparée en partie par ton repentir… » Bien sur, une adulte avait tout entendu de l’histoire et Camille reçu des compliments et autres flatteries : « Ma petite Camille ta conduite a été belle et généreuse, au-dessus de tout éloge.. »

Madeleine 7 ans, sœur cadette de la précédente. C’est une calme, elle préfère se plonger dans ses livres ou jouer à la poupée. Très charitable, elle aussi aime à donner son argent « aux pauvres » Un peu niaise, disons naïve, ses interventions semblent n’être que faites pour mettre en valeur les explications des adultes. Petite fille s’économisant, elle ne parle pas souvent. Hormis dispenser des mots sucrés à ses petites camarades ou parler de donner aux pauvres, on a le sentiment qu’elle ferait une bonne nonne. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais une bêtise, une véritable pré retraitée.

Viennent les deux autres. Sœurs d’aucune et filles uniques en apparence. Elles ont plus de tempérament que les modèles de vertu.

Marguerite a 4 ans quand elle entre dans la vie des deux « bonnes sœurs » S’exprime déjà comme une grande. Débordant de tendresse et d’affection pour les petites filles modèles. Elle n’a de cesse que de leur ressembler. Vraie petite peste, elle provoque souvent les punitions de Sophie. Rapporteuse mais maligne, elle joue la carte de l’innocence. Comme, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle répond parfois insolemment aux adultes.

Sophie 6 ans au début de l’histoire. C’est la seule qui semble normale dans ce récit d’un autre siècle. Elle est imparfaite. Affublée d’une belle-mère tortionnaire, elle s’habitue à recevoir des volées. A tel point que parfois, elle préfère se faire plaisir avec une bêtise en se disant : « Peu m’importe d’être battue, j’en ai l’habitude ! » Bon cœur, elle regrette certaines de ses colères envers les autres petites filles, mais c’est trop tard, les mots sont partis. Elle finit toujours punie.

Vous l’avez compris, il s’agit du livre « Les petites filles modèles » de la Comtesse de Ségur née Sophie Rostopchine.

Voulant cerner au mieux ces fameuses gamines, il a fallu se replonger dans la lecture totale de l’ouvrage. C’est une véritable horreur ! Il ne faisait pas bon d’être jugé pauvres à la Restauration.

Première remarque :

Madame de Fleurville, un composé de la Comtesse de Ségur et d’une de ses filles Nathalie (d’après certains historiens) invite à loger chez elle Madame de Rosbourg. Toutes deux sont sans époux, de Fleureville est veuve et Madame de Rosbourg est considérée comme telle, son mari ayant disparu en mer avec son navire. Vien l’affreuse belle-mère Madame Fichini, veuve au début de roman, elle se débarrasse de Sophie pour aller se remarier en Italie. C’est un roman plein de femmes seules. Les rares hommes sont cocher, maître d’école ou médecin, voir palefrenier…

Deuxième remarque :

La propriété (l’illustration de l’article) de Madame de Fleureville est à l’écart du village, près d’un kilomètre. Donc pour faire la charité, les petites filles vont sur la route guetter « les pauvres » : « et, si d’aventure nous voyons de pauvres femmes et de pauvres enfants, nous leur donnerons de l’argent… »

Remarque générale :

Ce roman est une véritable horreur de condescendance et de mépris. Les gens du peuple s’y expriment fort mal, sans doute pour accentuer leur manque de culture, sauf la bonne des petites. Ils y sont montrés obséquieux ou éperdus de reconnaissance à l’égard de ces Grandes Dames et des gamines, qu’ils vouvoient.
Pas l’once d’un peu de fierté dans les dialogues. L’ouvrier, le servant ou le commerçant sont aux ordres de la Châtelaine et de ses dérivées. Pas une ou pas un qui parle d’égal à égal avec de Fleureville.

Quant à ces grandes Dames, elles feraient d’excellentes socialistes. La Fleureville aime à faire la charité, cela semble même être un véritable passe temps pour elle. Cependant on la retrouve courroucée après la femme du meunier et du meunier parce que dit-elle un jour à Sophie, ils vont, la nuit, lui voler du bois dans sa forêt. Ils pêchent des poissons dans ses étangs et qu’ils les revendent. Pour elle qui n’a pas besoin de tant de bois et ni d’argent en vendant ses poissons, c’est du vol. Comme quoi sa charité est sujette à cautions ! Elle veut bien donner, mais elle attend en retour le merci et les courbettes. Lorsqu’elle explique les actes délictueux des meuniers à Sophie, sa sentence en dit long sur sa prétendue bonté : « Dieu les punira un jour, et personne ne les plaindra ! »

Le personnage de de Fleureville devient antipathique à mesure que l’on avance dans le récit. Un passage, encore un ! Au début de l’histoire quand elle décrète que Madame de Rosbourg restera à la propriété : « Je vis dans un grand isolement depuis la mort de mon mari. Je vous ai raconté sa fin cruelle dans un combat contre les Arabes. Il y a six ans. Depuis j’au toujours vécu à la campagne. »

Ce récit se déroule au XIXe siècle, mais l’on se rend compte que la révolution de 1789, n’avait guère fait évoluer les mentalités, pire la Restauration permettait d’allier l’odieux de l’aristocratie passée à celle de la grande bourgeoisie. On se déculpabilisait de son train de vie, en donnant quelques vieux vêtements et quelques pièces aux pauvres.

Nous vous conseillons la lecture ou la relecture des « petites filles modèles », un chef d’œuvre de mépris des oisifs à l’égard des productifs. Un chef d’œuvre sur la manière de ne plus élever les filles.
Un livre qui devrait faire un tabac chez nos néo-réacionnaires

Bibliographie :
Les Petites filles modèles de la Comtesse de Ségur.

Illustration : La propriété de Nathalie la fille comtesse de Ségur. Propriété où ont grandi les petites filles modèles qui ont réellement existé

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