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Emile Zola son regard sur ses contemporains

Sa vie, ses écrits et ses coups de gueules

dimanche 26 mars 2006, par Mireille-Caroline

Emile Zola un sp√©cialiste de l’√©crit scandalisateur, progressite, mais surtout libre penseur sans attaches politqiues, apr√®s la chute de l’Empire et la fondation des nouvelles droites et gauches r√©publicaines. Gr√Ęce au fait d’avoir attrap√© une grippe lors de la grande manifestation du 18 mars 2005, j’ai pu lire au chaud et j’ai par cons√©quent diss√©qu√© Emile Zola. Il me reste √ lire ¬« Mes Haines ¬ » si je parviens √ les trouver √ ma biblioth√®que. Mais d’hors et d√©j√ entre ceux qui ont t√©moign√© de son √©poque, ceux qui se sont passionn√©s pour cet homme, les √©crits journalistiques de Zola, il commence √ se mettre √ jour la fa√ßon de vivre r√©elle de cette seconde moiti√© du 19√® si√®cle.

D√©j√ l’on voit appara√ģtre la finance qui se dit r√©publicaine √ la quelle s’oppose les monarchistes qui ont encore du poids. Puis l’extr√™me droite et l’extr√™me gauche sont pr√©sentes √©galement, mais tr√®s mal d√©finies. Des hommes comme Gambetta, Jules Ferry passent pour √™tre de gauche d’apr√®s Emile Zola, du moins √ l’√©poque de ses trente ans. Thiers lui est le repr√©sentant r√©publicain de la droite.

La d√©faite de Mac-Mahon √ Sedan, la capitulation de la France en ao√ »t 1870, vont jouer sur la journ√©e du 4 septembre. Jour ou Louis Napol√©on Bonaparte est destitu√© de ses fonctions et o√Ļ Thiers devient le chef de l’ex√©cutif. Puis la Prusse s’approche de Paris, le nouveau gouvernement s’enfuit de Paris. Paris se bat et r√©siste bien, mais il finit par se rendre. Les d√©put√©s si√®gent d√©sormais au th√©√Ętre de Bordeaux.
Quand les bases du trait√© de paix sont pos√©es : Annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, plus une amende de 5 milliards de francs comme dommage de guerre impos√©e par les prussiens aux fran√ßais, l’assembl√©e nationale pr√©pare ses malles pour remonter vers la capitale.

Le bruit des √©meutes qui s’y passent fait peur aux d√©put√©s qui se sont enfuis devant les teutons, ils refusent de r√©int√©grer le Palais Bourbon. Aussi apr√®s quelques jours de d√©lib√©rations houleuses, c’est la ville de Versailles qui est choisie. Emile Zola le regrette et note que Thiers aurait de beaucoup pr√©f√©r√© √©galement la capitale, mais ne veut pas heurter sa majorit√©.

Thiers et le gouvernement provisoire vont laisser pourrir la situation dans Paris, puis vers la mi avril et surtout d√©but mai, va commencer la charge des parisiens. Le gouvernement versaillais va faire tirer le canon sur la ville rebelle. En suite ce seront les troupes de Mac-Mahon qui vont entrer dans Paris, et lui le vaincu face aux teutons va se venger sur le peuple parisien. Plus de 30000 morts seront recens√©s. Zola avait quitt√© Paris au d√©but de la r√©pression, il commen√ßait √ avoir mal au cŇ“ur, l’impression que ses chaussures pataugeaient dans une terre inond√©e du sang des parisiens. D√©j√ , il commence √ se demander qu’elle est cette r√©publique qui tue ses enfants ?

Emile Zola est un bourgeois dans l’√Ęme, il est r√©publicain convaincu et appr√©cie Thiers, mais l√  ! La vision des horreurs et des exactions commises par l’arm√©e des vaincus de Sedan, le r√©pugne. Lui qui avait √©t√© contre l’arm√©e des communards, se sent envahit par la piti√© et pire, il se demande si au fond le peuple n’avait pas raison. Il √©tait mal organis√© certes. Il y avait des dissensions dans les rangs m√™me des communards, ce qui cr√©ait des troubles et emp√™chait toute r√©elle organisation. Mais √ ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de journalistes de l’√©poque, il y a eu beaucoup trop de gens assassin√©s, dans le Figaro on pourra lire : ¬« Il y a eu beaucoup trop de morts ¬ »

Bien qu’il soit encore jeune lors des √©v√©nements de la Commune, il n’a que 31ans, il n’en est pas moins un auteur ayant d√©j√ beaucoup √©crit, cinq romans de qualit√© in√©gale √ en croire les critiques d’aujourd’hui. ¬« Les Confessions de Claude ¬ » un roman autobiographique est jug√© inabouti. C’est un petit √©diteur belge, install√© au 15 boulevard Montmartre √ l’angle de la rue Vivienne, qui va le prendre en charge. Il faut signaler que Zola avait √©t√© recommand√© au d√©part √ l’√©diteur Hetzel qui publiait Jules Verne, mais ce dernier le recommanda √ son confr√®re Albert Lacroix qui d√©butait dans la profession. Zola restera fid√®le √ cet √©diteur jusqu’√ ce que ce dernier fasse faillite. Entre 1870 et 1871. La saga des ¬« Rougon-Macquart ¬ » √©tait d√©but√©e. La ¬« Fortune des Rougon ¬ » achev√©e. Mais Emile ne se contente pas d’√©crire sa saga, il fait √©diter √©galement ses chroniques : ¬« Mes haines et Mon salon ¬ » (1866). En parall√®le, il est journaliste, chroniqueur litt√©raire exactement.

Certains de ses romans sont publi√©s en feuilleton dans des journaux o√Ļ il est r√©mun√©r√© 2 sous la ligne (10 centimes). Il vivote de ses √©crits tant journalistiques que romanesques.
Ce n’est qu’√ quarante ans qu’il d√©croche enfin un travail bien pay√© en journalisme, en effet il accepte de travailler pour le Figaro qui le r√©tribue grassement 1500 francs par mois pour une chronique hebdomadaire. Alors qu’auparavant Le Voltaire le payait 500 francs chaque mois pour une chronique par semaine. Il va donc tripler ses revenus. Il per√ßoit √©galement ses droits d’auteurs sur les romans d√©j√ parus, et des droits d’auteurs sur l’Assommoir qui est adapt√© au th√©√Ętre o√Ļ il a fait un triomphe. Nana d√®s le premier jour est vendu √ 55000 exemplaires.
Donc 1880 pour Emile Zola c’est l’aisance mat√©rielle.

Il √©tait tellement r√©publicain que la s√©rie des Rougon-Macquart est situ√©e sous le second, Zola avait une haine farouche de l’empereur et de l’aristocratie.
En 1880, il n’est plus s√ »r s’√™tre r√©publicain au sens de ceux qu’ils voient au gouvernement. Ils les accablent tour √ tour de ses chroniques, ce qui lui vaut de quitter tous les quotidiens et journaux r√©publicains. Quand il entre au Figaro, tous ses ennemis, il avait l’art de s’en faire beaucoup, le d√©noncent comme un tra√ģtre. Tandis que la direction du journal se frotte les mains, de tendance tr√®s conservatrice, elle jubile des traits de plumes assassins que dispense l’√©crivain dans les colonnes du journal.

Qu’elle √©tait-elle cette R√©publique de 1880 ? Elle √©tait banani√®re, mais cela nous le savons tous. Elle √©tait d’abord et avant tout lib√©rale, les politiciens √©taient redevables √ quelques financiers ou autre personnage de la grande bourgeoisie. Mais les progr√®s sociaux tardaient √ se faire sentir. Ce qui d√©sappointait grandement Emile Zola. Jules Ferry avait bien institu√© l’√©cole obligatoire, mais les contr√īles √©taient laxistes, surtout dans les campagnes.

Pour Zola qui est d√©finit de nos jours comme un r√™veur, il √©tait capital d’apprendre au peuple √ r√©fl√©chir. C’est pourquoi cela le pr√©occupait de voir la condition mis√©rable des ouvriers. Depuis son entr√©e en journalisme, il sacralisait la b√™tise de la petite bourgeoise qui misait tout sur le para√ģtre, se nourrissant m√©diocrement au profit d’√©talage de biens que ses membres ne poss√©daient pas.
Ce sont dans ¬« Mes haines ¬ » et ses chroniques que l’on d√©couvre le plus son m√©pris pour cette classe interm√©diaire de la soci√©t√© fran√ßaise. Les femmes y sont par√©es de beaucoup de d√©fauts. On le sent bien plus indulgent pour la lisette ou la petite vendeuse de fleurs qui finit par vendre ses charmes pour avoir un toit pr√©caire et manger. Dans ¬« Pot-Bouille ¬ » c’est de mani√®re totalement volontaire qu’il d√©crit cette soci√©t√©. C’est un acte pr√©m√©dit√© :

"Parler de la bourgeoisie, c’est faire l’acte d’accusation le plus √©vident qu’on puisse lancer contre la soci√©t√©. Les trois adult√®res, sans passion sexuelle, par √©ducation, par d√©traquement physiologique et par b√™tise. Une maison bourgeoise neuve, oppos√©e √ la maison de la Goutte-d’Or. Montrer la bourgeoisie √ nu apr√®s avoir montr√© le peuple, et la montrer plus abominable, elle qui se dit l’ordre et l’honn√™tet√©."Extrait de l’√©bauche du roman.

La maison de la Goutte-d’Or est celle qui a abriter Gervaise la malheureuse h√©ro√Įne de l’Assommoir.

Zola est ce qu’on peut appeler un libre penseur, bien sur d√®s son entr√©e dans le monde du travail il penche pour la r√©publique, mais au fil des ann√©es, il va comprendre qu’il y a r√©publique et r√©publique. Et que celle qui a les rennes de la France en main, n’est gu√®re plus √©galitaire que celle de l’empereur Napol√©on III. Pourtant Henri Mitterrand qui est un grand passionn√© d’Emile Zola nous le donne comme un moderniste, un enthousiaste du progr√®s. Pour lui les chemins de fer, la naissance des grands magasin, les banques, l’activit√© de la Bourse et les Pavillons Baltard aux Halles, fascinent Zola. Il le dit m√™me pro science et pro technologie moderne.

Pour moi qui ai lu ¬« la B√™te humaine ¬ » ¬« Germinal ¬ » ou ¬« Ventre de paris ¬ », j’y d√©c√®le plut√īt le regard de l’observateur qui montre comment la machine devient plus importante que la vie d’un √™tre humain. En fait, aujourd’hui malgr√© les avanc√©es que la France a su faire depuis 1870 jusqu’√ il y a une d√©cennie, il y para√ģt tout simplement que l’esprit bourgeois n’a pas √©volu√© dans sa mentalit√©. Aujourd’hui au troisi√®me mill√©naire, plus lib√©ral que jamais ces gens voudraient nous faire revenir √ des conditions de vie inacceptables.

N’h√©sitant pas √ tenter de nous culpabiliser en balan√ßant son √©ternel : ¬« Les fran√ßais refusent tout changement ¬ » D√®s que l’on amorce une id√©e, les voil√ dans la rue‚€¶.

Peut-√™tre que beaucoup on vu au cin√©ma ou lu Zola, peut-√™tre que beaucoup redoutent de devoir mourir sous une cage d’escalier parce qu’ils ont √©t√© expuls√©s du fait de ne pouvoir payer le loyer. Peut-√™tre que beaucoup on peur de vivre en haillons devant faire les courses au jour le jour, aller acheter pour 10 centimes de beurre, 5 centimes de charcuterie, peut-√™tre que les femmes n’envisagent-elles pas de devoir recourir √ la prostitution pour pouvoir manger‚€¶.

Toutes les personnes un tant soit peu instruites aujourd’hui font le parall√®le entre notre soci√©t√© actuelle et ses hypocrisies de bien pensance et de bonne mŇ“urs avec la soci√©t√© du 19√®me si√®cle. A ce si√®cle qui a vu l’assise d√©finitive de la R√©publique nous lui devons la naissance du lib√©ralisme et la mont√©e en puissance de ce qui s’appelait le capitalisme. Du mot capitaux engag√©s √ la Bourse. Aujourd’hui nous les appelons des financiers. Les patrons au sens de l’√©poque d’Emile Zola ne g√®rent plus que des PME et TPE, les grands groupes n’ont plus un patron mais de multiples actionnaires qui ne sont pas fatalement fran√ßais, donc qui se foutent √©perdument de la France et de son peuple. Les humains sont 7 milliards sur terre pourquoi ces gens l√ qui n’ont que profits en t√™te feraient-ils du sentiment ?

Rien n’est plus rempla√ßable de nos jours qu’un humain par un autre. D’ailleurs ne nous dit-on pas depuis l’√©cole : ¬« Que nul n’est irrempla√ßable ¬ » ?

C’est en cela que les fran√ßais d√©rangent, ses politiciens d’abord et ensuite les pays voisins qui ont su mieux que dans l’hexagone apprendre √ leurs peuples respectifs √ moutonner. Je vous mets au d√©fit de trouver un pays dans le monde o√Ļ les gens ne disent pas que les fran√ßais ne sont jamais contents ?

Le constat est l√ , nous sommes cern√©s par des nations remplies de zombis s’√©tant laisser abrutir par la t√©l√©vision et les propagandes gouvernementales. Je ne suis m√™me pas certaine que leur donner Emile Zola √ lire parviendrait √ les sortir de la d√©c√©r√©bration dans laquelle ils se sont laiss√©s plonger. C’est l√ que l’on voit que chaque pays √ sa dynamique et que si nous en France nous contestons le CPE, c’est parce que nous sommes encore capables de faire fonctionner nos neurones. Enfin certains, car malheureusement nous avons nos malades. Mais ceux-l√ se sentent-ils encore bien fran√ßais dans leur t√™te ?

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