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De la colère au flegme

Du rire aux larmes

samedi 6 mars 2004, par Mireille-Caroline

De l’amour √ la haine, tous ces sentiments et ces r√©actions sont g√©n√©r√©s par nos √©motions. Nos √ priori naissent aussi de nos √©motions. Qui ne s’est pas senti envahi par une mont√©e de col√®re incontr√īlable ? Qui ne s’est pas laiss√© aller √ une agression verbale injuste ? Qui n’a pas eu l’impression d’aimer √ en mourir ?

Dominer ses sentiments

Tout petit nous sommes confront√©s au monde adulte et au monde tout court. Au cours ne notre enfance nous subissons beaucoup de choses d√©sagr√©ables parce que nous n’avons pas le pouvoir d’influer sur les circonstances ou les gens. Ces √©v√©nements vont imprimer en nous des marques. Tant√īt nous allons avoir des explosions de joies, tant√īt des crises de larmes ou de col√®res. Les raisons qui ont provoqu√© ces sensations de bien √™tre nous les rechercherons en grandissant. En parall√®le, toutes les d√©convenues et les chagrins et souvent les petites phrases assassinent que l’on nous ass√®ne vont √©galement laisser des traces. C’est ainsi que notre personnalit√© d’adulte va se construire.

Nous devons apprendre √ calmer nos joies excessives et √ ravaler nos chagrins, taire nos rancoeurs, apprendre √ nous dominer. Mais, pour combien de temps ?

Toute est l√ , en fait certains ne se domineront jamais ou peu. D’autres feront contre mauvaise fortune bon cŇ“ur. Mais les bobos resteront des cicatrices √ vie. Ces bobos et ses joies font former nos √©motions. L’on voit souvent des gens calmes ¬« p√©ter un c√Ęble ¬ », on se demande ce qui leur arrive. Tout le monde pense √ l’entourage imm√©diat. Si c’est souvent lui qui est le d√©clencheur, ce n’est pas forc√©ment lui le fautif !

A qui la faute ?

On serait tenter de r√©pondre : ¬« A pas de chance ¬ » car c’est la vie, nous avons tous au fond de nous une r√©serve explosive d’√©motions. La r√©alit√© est que les √©motions fabriqu√©es dans l’enfance ne demandent qu’√ vivre au grand jour. Il suffit parfois d’un mot ou d’une phrase pour que nous, nous transformions en Docteur Jekyll et mister Hyde. C’est l’√©ternelle histoire des stimulus. Ce qui a g√©n√©r√© ces maux ce sont souvent des mots et des sons ou des odeurs accompagnant des actes. La vie n’√©tant qu’un √©ternel recommencement, toutes les √©motions dont vous √™tes p√©tris, referont surface, souvent sous des formes inattendues, c’est pourquoi la relation entre l’enfance et la situation actuelle est difficile √ admettre ou √ reconna√ģtre.

¬« Christiane L. est n√©e pendant la guerre de 39-45, lorsque la sir√®ne retentissait, sa m√®re descendait √ la cave. Bien que b√©b√© cela lui g√©n√©r√© un tel stress qu’elle tombait dans les pommes. Plus grande et m√™me encore aujourd’hui, le son des sir√®nes la mette mal √ l’aise physiquement et la terrorise. Sans qu’elle puisse faire la relation. Elle √©tait trop petite pour se le rappeler. C’est gr√Ęce √ sa famille qui le lui a racont√© qu’elle peut travailler sur ce probl√®me. ¬ »
¬« MD a √©t√© viol√©e par son p√®re √©tant enfant. Elle a v√©cu ce drame comme une injustice. Pire la famille lui ayant d√©ni√© le droit d’avoir √©t√© victime, elle est devenue hypersensible √ l’injustice. Elle ne supporte toujours pas la loi du plus fort et la loi du nombre qui pour elle se ressemblent. Elle est capable d’entrer dans des col√®res d√©vastatrices pour elle et surtout √ l’√©gard des personnes d√©loyales quand une injustice est port√©e √ sa connaissance, si c’est elle en est victime cela peut-√™tre pire. Autour d’elle beaucoup n’h√©sitent pas lui dire qu’elle les fatigue √ toujours se montrer en victime. Ces autres ignorent tout simplement qu’en disant cela, ils deviennent ce p√®re et cette famille qui l’ont viol√©. Ils ne peuvent comprendre ce qu’elle vit. Beaucoup pensent que c’est √ elle de c√©der, mais elle ne peut pas. Leur c√©der reviendrait √ accepter d’avoir √©t√© d’accord pour √™tre viol√©e. ¬ »

Deux cas de figure qui d√©montrent que les r√©actions √©motives ont des racines ancr√©es tr√®s loin dans l’enfance. Le cas de Christiane n’est dommageable que pour elle, celui de MD comme toutes les personnes viol√©es est plus grave. Car √ moins d’avoir subit soi-m√™me un viol, l’individu lambda ne peut absolument pas comprendre le ressentit de la personne qui tout d’un coup devient une furie. Beaucoup parlerons de maladie psychologique voir de folie. Mais, ce n’est pas de la folie. Il suffit qu’une injustice se produise pour que s’enclenche le m√©canisme d’autod√©fense. Si plus petite elle avait eu le pouvoir de dire non, si sa famille l’avait soutenue contre ce d√©g√©n√©r√©, plus grande les stigmates auraient √©t√© moins importants. Ce qu’il y a de pire dans un viol, ce n’est pas l’acte en lui-m√™me, c’est l’injustice qu’il cr√©e. Mais nous ne sommes pas l√ pour parler de viol, seulement de la gravit√© des √©motions qu’il cr√©e.

Emotions salutaires

Les √©motions si l’on ne peut s’en d√©faire, on peut les ma√ģtriser. Pour cela, il faut accepter de faire un travail sur soi. Il faut accepter de se dire, je m’occupe de moi et apr√®s quand je saurais qui je suis, je pourrai pr√©tendre √ m’occuper des autres.

Dans un premier temps, il est conseill√© de se pencher sur les √©motions agr√©ables. Pourquoi ai-je envie d’√™tre aim√©(e), flatt√©(e), cit√©(e) en exemple, adul√©(e) ? Lorsque l’on est flatt√© par les autres cela procure un bien √™tre. Mais d’o√Ļ vient cette sensation et ce besoin de se retrouver en situation ? A quel moment dans le pass√© a t-on ressentit cette m√™me satisfaction ? Remonter le plus loin possible dans ses souvenirs. Retrouver la toute premi√®re fois o√Ļ l’on a bich√© comme un vieux pou, parce que l’on nous faisait un compliment ou que l’on nous montrait en exemple...

Apr√®s, pass√© aux moments douloureux. C’est beaucoup plus difficile. D√®s tout petit on vous a enseign√© √ ne pas vous mettre en col√®re, que toute v√©rit√© n’√©tait pas bonne √ dire, que pleurer √©tait f√©minin, que de part le monde il y avait des gens cent fois plus malheureux que vous, etc.. Vos col√®res actuelles sont des volcans qui se sont endormis un certain temps.

Votre chef vous fait une remarque justifi√©e mais sur un ton d√©sobligeant, si vous ne lui r√©pondez pas, vous allez ajouter une couche suppl√©mentaire √ vos √©motions. Si vous l’envoyer promener vertement vous risquez de s√©rieux ennuis. Dans les deux cas de figure vous allez vous retrouver dans une situation d√©j√ v√©cue, mais vous ne vous en souvenez plus. Si vous n’avez jamais eu ce type de probl√®me par le pass√©, vous vous contenterez de reconna√ģtre votre erreur, vous vous excuserez et vous signalerez √ ce chef qu’il aurait pu vous dire la chose sur un ton moins abrupte. Que vous √™tes dans l’erreur mais que vous n’√™tes pas un chien ! C’est √ lui ensuite de g√©rer son probl√®me relationnel. Votre col√®re a √©t√© contr√īl√©e, vous avez notifi√© votre contrari√©t√© et vous ne ruminez pas apr√®s.

Les √©motions fonctionnent simplement sur un vieux principe, aujourd’hui d√©finit comme un dicton : ¬« Chat √©chaud√© craint l’eau chaude ¬ » Tout ce qui vous est arriv√© petit(e) et que vous avez mal v√©cu ou bien v√©cu est imprim√© dans votre cerveau. Si vous, suivant la mode actuelle, avait pratiqu√© la r√©silience sans le savoir ou volontairement, votre cerveau lui a conserv√© grav√© dans un coin de sa m√©moire les avanies que vous avez subit. Et t√īt ou tard ou peut-√™tre m√™me continuellement vous √™tes amen√©(e) √ vous surprendre √ avoir des comportements irrationnels, incoh√©rents.
Quand vous √™tes domin√© par un comportement disproportionn√©, ne cherchez pas ou plut√īt cherchez dans votre pass√© ce qui vous est arriv√© et ce sur quoi vous avez d√©cid√© de tirer un trait ? Comparer avec ce que vous avez ressentit jadis √ ce moment l√ , et les envies que vous avez eu face √ ceux qui vous faisaient souffrir, et ce que vous ressentez aujourd’hui et quels sont les actes que vous vous croyez autoriser √ pratiquer !

Puisque nous sommes sur le Net, observons les comportements des gens sur les forums. Lisez attentivement ce qu’ils se disent. Entre les potins de la comm√®re et les vacheries gratuites, ils ne parlent que d’eux et rien que d’eux. Ils racontent leur enfance de mani√®re d√©tourn√©e. C’est plus d√©tectable sur les forums politis√©s. C’est une des raisons majeures inconsciente qui les conforte dans le besoin d’anonymat. Les forums sont des fourmili√®res d’√©changes d’√©motionnels. On se congratule, on s’agresse, on s’ignore, on se snobe, on se dispute, on se console, on s’apitoie sur des sujets dont on se fiche √©perdument parce que √ßa fait bien ! Mais on ne pratique pas encore le Net pour tenter de faire bouger concr√®tement les choses. Cet outil de communication, n’est rien d’autre actuellement qu’un divan de Psy ou des salons de psychanalyse de groupe

Entre la recherche de la reconnaissance et le besoin de se venger d’un pass√© oubli√©, toute la gamme des √©motions connues et recens√©es est pr√©sente sur les sites et les lieux d’√©changes d’id√©es. Qui n’a pas reconnu son p√®re, sa m√®re, son enfant, sa voisine, etc. ? Des gens que l’on aime ou que l’on d√©teste ? Qui ne s’est pas laiss√© aller √ ses mauvais instincts ou ses bons, face √ cet autre qui nous rappelle un(e) autre ?
Ne cherchez pas, personne. C’est pour cette raison qu’ils √©changent. Mais ils l’ignorent ? N’est-ce pas jouissif de faire une crasse √ une personne en sachant que l’on encourt aucune punition ? Faire la m√™me chose dans le r√©el, √ la personne qui le m√©riterait, occasionnerait des probl√®mes plus ou moins graves... Alors l’autre ou les autres sont des boucs √©missaires √ qui l’on peut faire subir tout ce qui nous √ √©t√© fait ! L’autre est cens√© √™tre anonyme et s’il ne l’est pas tant pis pour lui ! De toute fa√ßon on le conna√ģt si peu que les dommages qu’on lui cr√©e importent aucunement ! Les pratiquants du Net n’ont pas √ proprement parler de bonne conscience, plus ils passent d’heures √ parler avec les autres, plus ils en profitent pour donner libre cours √ leurs frustrations et √ leurs √©motions. C’est pourquoi il est conseill√© de pas entrer dans le jeu des pol√©miqueurs... Les querelleurs n’ont qu’un but vous faire payer ce que d’autres leur ont fait. Ca peut-√™tre le monsieur qui supporte sans rien dire les remontrances de sa compagne[1], la femme qui cherche du travail[2] et qui se voit refuser tous les postes auxquels elle postule, l’adulescent qui ne parvient pas √ dire √ ses parents[3] combien il a des reproches √ leur faire. Celle ou celui qui se croit laid(e) et qui de ce fait vit seul(e)[4]. Actuellement Internet h√©berge une grande majorit√© de personnes isol√©es, frustr√©es, pomm√©es, perdantes √ qui la vie r√©elle n’apporte pas ce qu’ils croient qu’ils sont en droit d’attendre.

Pour ceux qui souhaitent voir l’Internet devenir un endroit r√©ellement convivial, il va leur falloir se mettre √ l’√©coute d’eux-m√™mes. N’ayez pas peur ce n’est pas de l’√©go√Įsme, bien au contraire. Plus vous saurez ce qui d√©clenche vos √©motions bonnes et mauvaises, mieux vous saurez vous dominer, et plus vous serez utiles √ l’humanit√©...

[1]La vie de couple quelle galère

[2]Pour en finir avec le ch√īmage

[3]All√ī Maman bobo !

[4]La solitude √ßa n’existe plus !

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